vendredi 2 mars 2007

Le SMS de LORRAINE

"Kel drol d ID pr 1 bank 2 créé 1 Fondation pr ls jeuns… "

C’est sous cette forme que s’adressait à moi, il y a quelques temps, la ravissante et timide Lorraine, dans les circonstances que je vous décrirai tout à l’heure.

Il s’agit effectivement d’une drôle d’idée qui a germé dans l’esprit d’un Directeur Général de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Pyrénées Gascogne un jour (ou une nuit) du dernier mois d’octobre du siècle dernier. Une idée tout aussi saugrenue que celle émise aujourd’hui par son successeur de créer un Blog destiné aux Jeunes. Pourtant ces deux idées procèdent de la même volonté de vous surprendre et de vous dire que nous sommes là, à vos côtés, pour accompagner vos passions, soutenir vos talents ou prolonger vos rêves, ou tout simplement pour communiquer avec vous, attentifs à vos remarques, à vos besoins, à vos envies.
Cette Fondation éponyme (c’est juste pour vous faire goûter ma confiture de Culture) s’appelle donc :

Fondation Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne

C’est un nom compliqué et pas génial me direz-vous ?
Pas plus que d’autres !
Et au contraire, il a un sacré avantage : il nous chante l’accent du pays…

Mais pour en savoir plus rien ne vaut une visite "sur site’’, à laquelle je vous invite par le lien indiqué plus haut ou encore à l’adresse http://www.lefil.com/ rubrique "Jeunes", pour y découvrir les Dossiers Passion, qui permettent à la Fondation de soutenir les projets liés à l’environnement, à l’animation locale (par la création d’évènements culturels ou sportifs sur notre territoire), à l’humanitaire ou au social.

Les Tremplins Music qui attendent vos candidatures jusqu’au 31 mars pour monter sur scène et participer à une compilation régionale dont deux exemplaires sont à découvrir à l’aide d’un autre lien http://www.iparraldekokonpilazioa.org/

Les Concours, tout autant à l’ordre du jour, font appel aux jeunes dessinatrices et dessinateurs de talent pour un concours de BD à la poursuite du lieutenant Mike Blueberry. Ils s’adressent également aux nouvellistes en herbe qui rêvent d’être publiés en participant au concours JEUNES PLUMES. Bulletins de participation et règlements sont disponibles sur le site.

Ceci me conduit, puisque vous avez été patients, à évoquer la ravissante et talentueuse Lorraine qui s’adressait à moi dans un message formaté SMS. De la charge de travail à l’approche du bac, en passant par l’agacement procuré par quelques profs un peu lourds, Lorraine me parlait de son quotidien de jeune lycéenne dans un tourbillon de mots et de symboles que j’avais du mal à décrypter. Elle évoquait l’expérience ‘’trop géniale’’ vécue lors de la réalisation collective d’un court métrage. Elle regrettait cet emballement de la vie qu’elle maîtrisait mal et qui l’avait empêchée de me donner de ses nouvelles plus tôt.
Déchiffrant à grande difficulté ce langage barbare, je pensais à ces défenseurs de l’Ecrit et de la langue, à tous ces professeurs de français vitupérant les adeptes de ce mode de communication susceptible de rendre analphabètes les générations futures.

Lorraine, dont on aurait pu penser que son expression se limitait à ce dialecte SMS, jonglant frénétiquement sur les touches de son portable pour accéder au répertoire, venait de m’adresser par erreur un message destiné à son amie dont l’adresse côtoyait la mienne sur ledit répertoire. Mon adresse y figurait en tant que représentant de la Fondation.

En fait, la jolie Lorraine au dialecte barbare est tout simplement l’une des lauréates du dernier concours… JEUNES PLUMES.Son texte intitulé ‘’Chocolat Orange’’, publié sur le dernier recueil IMAGINATIONS 2007, n’a bien entendu rien à voir avec le ‘’dialecte SMS’’. Je vous propose d’en juger par vous même ci-dessous.

Ceci dit, un Blog s’accommode mal d’un monologue. Alors aidez-nous à lui donner vie en réagissant selon votre humeur. Nous souhaitons ardemment cet échange. Il nous permettra de mieux nous connaître, de mieux vous comprendre, d’être meilleurs…

CHOCOLAT-ORANGE

C’était son parfum. Ce parfum si particulier qui avait le don de me rassurer. Ce parfum je l’aimais. L’odeur était indescriptible. La rose peut-être… Le chocolat aussi. En fait je savais pas. Maman. Son odeur. Son parfum. Unique. Ca sentait comme les jours où j’entrais en cachette dans sa chambre. Je passais des heures dans son placard. J’aimais me cacher là. Je pouvais rester des heures au milieu de ses foulards, ses jolies robes. Son odeur. Et puis son rouge à lèvres aussi. Je me barbouillais avec. Comme ces petites filles qui chaussent les talons de leur mère. Elles enfilent leurs tailleurs. Moi, c’était son rouge à lèvres. Elle me disputait alors. Jamais méchamment. Ca coûtait cher disait-elle. Je savais pas. Maman ne m’a jamais frappé. Des fois maman était triste. Elle s’énervait après moi. Jamais méchamment. Jamais longtemps. Après elle regrettait. Elle me serrait dans ses bras. Sa peau douce. Son odeur. Emouvant. Rassurant. Maman elle était pas triste avant. Avant. Je me souviens plus très bien. Un jour tout a changé. Un jour de neige. Un peu avant Noël. Avec maman on ne fête plus Noël. Il neigeait. Papa conduisait. Il rentrait de son travail. Son travail, j’ai jamais vraiment compris ce que c’était. Il s’occupait des gens malades. Mais pas comme un docteur. Papa ne faisait pas de piqûres. Papa parlait. Il soignait les gens en leur parlant. Et puis, papa a glissé. Enfin non, pas lui, la voiture. Il a perdu le contrôle on nous a dit à maman et moi. Quelques jours avant Noël : papa est mort. Après c’était plus pareil. Maman pleurait. Tout le temps. Je me blottissais contre elle. Elle sentait bon. Son parfum. Agressif. Rassurant. Elle disait que je pouvais rien faire. Que personne ne pouvait la consoler. Son parfum. Triste. Malade. Moi je comprenais pas. Je me demandais pourquoi papa il pouvait pas la soigner. Au ciel, on peut parler non ? Aujourd’hui maman va un peu mieux. Mais quelque chose s’est éteint sur son visage. Ses yeux peut-être… Je ne sais pas. Son odeur elle, n’a pas changé. Son parfum. Raccommodé. Fragile. Maman me fait un gâteau. Chocolat-orange elle m’annonce toute fière en le découpant. La part est encore chaude. Je la saisis délicatement. J’ouvre une grande bouche. Ma bouche trop grande pour mes neuf ans. Maman sourit. Un instant je crois voir une lueur dans son regard. Ses yeux. Ils rebrillent. Ou peut-être ai-je rêvé… Je ne sais pas. En fait, je crois que je ne veux pas savoir. Je croque le gâteau. Il sent maman. J’ai du chocolat partout. Il déborde autour de ma bouche. Comme le rouge à lèvres.

Lorraine